Études de médecine en Roumanie : le parcours du Dr Bénouille, gynécologue

Faire toutes ses études de médecine à l'étranger est possible, mais à quel prix et avec quelles contraintes ? Le Dr Bénouille, gynécologue, a effectué ses 6 premières années de médecine en Roumanie, puis la moitié de son internat sur place, avant de poursuivre en France par des stages de détachement.

Elle revient sur l'admission sur dossier, les frais de scolarité, l'apprentissage du roumain et la reconnaissance de son diplôme. Entre syndrome de l'imposteur, immersion linguistique et démarches administratives, elle livre un retour d'expérience concret, avec ses conseils à celles et ceux qui hésitent à franchir le pas.

Retranscription du podcast sur les études de médecine en Roumanie

Résumé :

  • En Roumanie, l'admission se fait sur dossier (notes du bac, expérience en milieu de santé, classement) : jusqu'à 5 000 candidatures pour 100 à 150 places selon les facultés et les sections.
  • Les frais de scolarité sont passés de 5 000 € par an en 2013 à 7 500-8 000 € aujourd'hui dans sa faculté.
  • Les cours sont en français pendant six ans, mais le stage hospitalier se fait en roumain : un diplôme de niveau B2 est exigé dès la 3ᵉ année.
  • L'internat roumain permet des stages de détachement en France, validants, avec l'accord du chef de service.
  • L'équivalence du diplôme de médecine et de spécialité en France a représenté sept mois de démarches, inscription à l'Ordre comprise.
  • Pour elle, le niveau de formation est comparable à celui de la France : « c'est ce que l'étudiant en fait ». Les deux pédagogies diffèrent : présence obligatoire et contrôle continu en Roumanie, plus d'autonomie pour les externes en France.

Pourquoi partir étudier en Roumanie ?

Dr Bénouille, gynécologue. Son moteur était d'abord le désir d'être médecin. L'admission en médecine est difficile en France ; elle l'est tout autant en Roumanie, mais sur d'autres bases, puisqu'elle se fait sur dossier. Une fois dans le cursus, on est donc assuré de le terminer. Une amie déjà sur place, qui appréciait la vie et les études, a fait le reste.

Nous sommes en 2013 et elle part directement après le bac, obtenu en candidate libre : un parcours qu'elle qualifie de très atypique. À l'époque, seules deux facultés roumaines proposaient une filière en français (Cluj et Iași), et l'Espagne offrait une option plus confidentielle, en espagnol. Elle choisit la section francophone en Roumanie.

Depuis, l'offre s'est élargie, avec des filières en anglais, en français ou en roumain, et la population francophone s'est diversifiée : Maghreb, France, Belgique, Suisse.

Une admission sur dossier, tout aussi sélective

Un classement, pas un concours

Pas besoin de maîtriser le roumain pour candidater à la section française. Le dossier comprend les notes du baccalauréat et, le cas échéant, les stages déjà réalisés dans le milieu de la santé. Sur cette base, les candidats sont classés. Les candidatures sont de plus en plus nombreuses, jusqu'à 5 000 par an pour 100 à 150 places selon les facultés et les sections. Les facultés augmentent d'ailleurs leurs tarifs, en partie pour freiner l'afflux.

Frais de scolarité et coût de la vie

Les frais varient selon les facultés et les villes. À son époque, ils s'élevaient à 5 000 € par an ; dans sa faculté, ils tournent aujourd'hui autour de 7 500 à 8 000 € par an.

La vie sur place reste gérable : pas d'accès systématique aux résidences universitaires, mais des appartements abordables. "Il faut juste faire un peu attention."

Six ans d'études, toutes spécialités traversées

L'enseignement rappelle davantage l'organisation d'un lycée que celle d'une faculté française : un emploi du temps par matières, des semestres, des cours magistraux de deux ou trois heures et des travaux pratiques au contact du patient, par petits groupes, avec un médecin. À l'issue des six années, l'étudiant est passé par toutes les spécialités. Aucun travail administratif n'est demandé aux externes.

Chaque été, un stage d'un mois est obligatoire, en Roumanie ou dans le pays d'origine. Elle a effectué les siens en France, en ciblant des spécialités susceptibles de l'intéresser.

Le roumain, passage obligé

Tous les cours sont dispensés en français pendant les 6 années, mais dès que l'on entre à l'hôpital, il faut parler roumain. Dans sa faculté, un diplôme de niveau B2 est exigé en 3ᵉ année. Des cours de roumain sont dispensés dès la première année, d'abord le roumain courant, puis le roumain médical. La première année comporte peu de contact avec les patients, mais des gardes sont tout de même à assurer.

Un apprentissage progressif, jusqu'à la première garde

Pendant les TP, chacun se débrouille : il y a toujours quelqu'un qui parle mieux que les autres, et un enseignant francophone. On finit par le parler, mais « on le baragouine un peu ».

Lorsqu'elle choisit de rester en Roumanie pour son internat, elle prend des cours intensifs pendant sa 6ᵉ année. Le jour de sa première garde, elle ne comprend malgré tout rien à sa première patiente, qui s'exprimait en réalité en romani. Elle en garde un enseignement : "Apprendre la médecine, c'est déjà compliqué, mais apprendre la médecine dans une langue qui n'est pas la nôtre, c'est encore plus difficile."

Deux pédagogies, un même niveau de formation

Étudiante en Roumanie, elle a connu le syndrome de l'imposteur : et si sa formation n'était pas équivalente ? Avec le recul de son exercice en France, son constat est net : « Si on travaille, on va être un bon médecin. Si on ne travaille pas, c'est comme partout, on sera mauvais. »

Les différences portent surtout sur le cadre. En Roumanie, la présence aux TP est obligatoire et des examens en cours d'année comptent dans la note finale. En France, les externes lui semblent plus libres de leurs mouvements, et l'absentéisme passe parfois inaperçu.

Les externes français sont aussi plus autonomes à l'hôpital : ils entrent au bloc et vivent la vie du service. En Roumanie, en dehors des gardes, l'étudiant passe deux heures avec un médecin qui l'amène au lit d'un patient présentant une pathologie donnée, pour un apprentissage plus guidé (palpation, examen clinique).

L'internat : du classement roumain aux stages en France

Un classement uniquement écrit

En France, les EDN comportent une partie écrite et une partie orale (les ECOS). En Roumanie, seul l'écrit compte. Comme dans les anciennes ECN, le classement détermine la spécialité et la ville. Une seconde voie existe, où l'étudiant est traité comme un ressortissant non européen : il finance lui-même son internat et travaille gratuitement pendant toutes ces années.

2 ans sur place, puis le détachement en France

Elle a commencé sa spécialité en Roumanie, pour acquérir des bases dans la discipline avant d'arriver en France. Après deux ans, elle est revenue effectuer des stages de détachement, validants dans le cadre de son internat roumain. L'internat roumain permet de réaliser une partie de ses stages à l'étranger : dans des pays non européens, dans une limite de durée, ou dans des pays européens sans limite de temps, à la discrétion du chef de service. Le sien l'a autorisée à passer près de deux ans et demi hors de Roumanie, qu'elle a choisi de passer en France.

Elle y a enchaîné six stages, en changeant de région à chaque semestre pour cibler ce qu'elle souhaitait développer en gynécologie. Ce rythme, un déménagement tous les six mois pendant trois ans, demande beaucoup d'organisation. Elle avait des ambitions plus internationales (le Brésil, notamment), mais "on finit par se calmer".

S'adapter à l'internat français

Grâce à ses bases roumaines, l'adaptation a été relativement fluide, mais bien réelle. En Roumanie, elle était rattachée à un même chef, dans un modèle plus didactique : hôpital public en journée, clinique privée en soirée, toujours au sein d'une équipe soudée. En France, on évolue dans une équipe sans être rattaché à une personne, avec davantage d'autonomie. Les habitudes de travail, les horaires, la qualité de vie et les logiciels changent aussi.

Avec les autres internes, elle n'a pas ressenti de décalage marqué. Certains stages, déficitaires en internes français, ne comptaient que des internes étrangers ; dans d'autres, elle n'était pas traitée différemment.

La reconnaissance du diplôme : sept mois de démarches

Pendant les stages de détachement, elle restait rattachée à sa faculté roumaine : aucune équivalence n'était nécessaire, hormis le diplôme des six premières années. Pour exercer en France, il a fallu faire reconnaître l'intégralité de son diplôme de médecine et de son diplôme de spécialité. La démarche est purement administrative mais longue :

  • environ 4 à 6 mois pour constituer le dossier auprès de la Roumanie ;
  • puis environ 3 mois de réponse de l'Ordre des médecins français une fois le dossier complet déposé.

Au total, elle a compté sept mois d'équivalence et d'inscription à l'Ordre.

Préjugés : un double statut d'étranger

Étudiante en Roumanie, elle était étrangère et devait faire preuve d'humilité et d'adaptation. De retour en France, elle garde un statut un peu à part : celui d'une Française partie étudier à l'étranger. L'accueil dépend des équipes. Parfois, le passage d'étudiants précédents dont l'expérience s'est mal passée a laissé des a priori ; parfois, il n'y en a aucun.

En Europe, "la médecine, c'est la médecine"

Les études de médecine doivent respecter des normes européennes communes. "La médecine, c'est la médecine. On apprend tous la même chose à la fin", résume-t-elle : ce qui change, c'est la méthode d'apprentissage et l'encadrement, qu'il s'agisse de la France, de la Roumanie ou de l'Espagne.

Une ouverture internationale, jusqu'en Turquie

Elle a complété son internat par un diplôme supplémentaire en Turquie, dans un hôpital privé, comparable aux DU français. Ce qui l'intéressait : la relation médecin-patient, très différente en Roumanie, en France et en Turquie. Pour elle, l'aspect international de la médecine est plus ouvert à l'étranger, et elle ne se voit pas fixée en France pour toujours.

La vie étudiante : festive et de plus en plus fédératrice

La vie étudiante roumaine est décrite comme très festive. Les associations, plus nombreuses qu'à son époque, facilitent l'intégration : cours de sport, équipes, événements. Des rencontres sportives opposent même les facultés de Iași et de Cluj, un rapprochement entre villes qui n'existait pas en 2013. Elle y voit un atout, car il crée des liens et des connaissances dans le milieu médical.

Ses conseils à celles et ceux qui hésitent

Partir à l'étranger n'est pas facile : il faut gagner en autonomie, accepter l'éloignement familial et, pour la Roumanie, assumer un coût financier. Il faut vraiment en avoir envie.

Son principal regret : être restée trop entre francophones. Elle recommande de s'ouvrir dès le départ aux collègues roumains, une rencontre qui apporte « une autre mentalité, une autre culture » et une autre vision de la médecine, précieuse dans sa pratique actuelle.

Elle distingue enfin les études complètes à l'étranger d'un simple Erasmus. Les étudiants Erasmus reçus en Roumanie sont bien plus encadrés, leurs enseignants sachant qu'ils ne parleront pas roumain. Elle juge l'Erasmus intéressant dans n'importe quel pays, mais sans commune mesure avec un cursus complet dans une langue étrangère.

Et après ? Pratiquer en France, en Roumanie, ailleurs

Aujourd'hui installée dans le sud de la France, elle ne pense pas y rester définitivement. Exercer en Roumanie lui semble peu probable : le secteur privé, principal débouché, est déjà occupé par de nombreux médecins formés sur place, et il est plus difficile pour un étranger d'y trouver sa place. Elle y retourne néanmoins régulièrement, où elle a noué de solides amitiés pendant son internat, qu'elle retrouve là-bas ou lors de week-ends à l'étranger.

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