Margot Chevrier : viser les JO 2028 entre perche et médecine

6 fois championne de France, quatrième des derniers championnats d’Europe à Birmingham : Margot Chevrier est aussi, en parallèle, étudiante en sixième année de médecine. Grave blessure cinq mois avant les Jeux de Paris 2024, retour progressif à la compétition, préparation des JO 2028 : elle revient sur quinze ans d’un double parcours mené de front.

Margot Chevrier : viser les JO 2028 tout en menant ses études de médecine

« À partir du moment où c’est possible de tout faire, je pense qu’il n’y a pas de choix à faire. »

Dans cet épisode de Vidal et moi, Margot Chevrier, perchiste professionnelle et athlète militaire, détaille comment elle concilie entraînements, compétitions internationales et cursus médical, et revient sur la blessure qui a bouleversé son rapport aux deux disciplines.

Retranscription du podcast sur le sport de haut niveau et les études de médecine

Les 5 points clés de l’épisode :

  • Margot Chevrier a choisi médecine sur Parcoursup sans se poser de question, à un moment où son niveau sportif ne lui permettait pas encore de prétendre à l’équipe de France ; les deux parcours ont ensuite progressé en parallèle.
  • Elle aménage son externat sur deux ans pour caler sa dernière année d’études (ECOS en mai 2028) après les Mondiaux 2027, dans l’idée de pouvoir se consacrer pleinement aux JO 2028 sans obligation facultaire cet été-là.
  • Une grave blessure survenue cinq mois avant les Jeux de 2024 a mis près d’un an avant qu’elle ne puisse sauter à nouveau, et près de deux ans avant de retrouver un niveau international.
  • Ses connaissances médicales lui ont permis de poser des questions plus précises sur sa propre blessure, sans pour autant lui épargner la réaction instinctive de vouloir ses parents à ses côtés au moment du choc.
  • Elle refuse pour l’instant l’étiquette de future médecin du sport, de peur d’y être enfermée du seul fait d’être sportive, même si elle n’exclut pas d’explorer la spécialité via un stage en MPR.

Un double choix qui ne s’est jamais vraiment posé comme tel

La médecine choisie sans hésiter, le sport venu avant

Margot Chevrier commence l’athlétisme à 12-13 ans, puis se spécialise dans le saut à la perche à 15 ans, bien avant d’envisager la médecine. Elle nourrissait déjà, enfant, l’envie d’être « en santé », avec le projet initial de devenir infirmière comme sa grand-mère.

Au moment de ses choix Parcoursup, elle n’est pas encore à un niveau lui permettant de prétendre à l’équipe de France ou aux Jeux olympiques : elle inscrit donc médecine, sans calcul particulier.

C’est entre le moment de ce choix et l’annonce des résultats que son niveau sportif commence à devenir réellement intéressant, elle décide alors de mener les deux de front plutôt que de faire un choix.

Une priorité qui bascule progressivement vers le sport

Durant toute sa scolarité au lycée, concilier sport et études ne posait pas de difficulté particulière : l’entraînement restait un loisir compatible avec les devoirs. La bascule a lieu après le bac.

Sa stratégie, dès la P1 : donner la priorité absolue aux études la première année, tout en continuant le sport sans l’arrêter, puis réorienter progressivement la priorité vers le sport à partir de la deuxième année, en cherchant à mener les deux en parallèle.

Une semaine organisée à la dizaine de minutes près

En période d’examen, le planning est minuté : chaque créneau libre d’entraînement est consacré à la révision, y compris dans les transports ou en attendant un avion pour une compétition, tablette de cours toujours à portée de main. Les moments de récupération (kiné, repos) restent eux aussi anticipés et calés dans l’organisation globale, au même titre que le travail ou l’entraînement.

Faire coïncider ECOS et JO 2028 : un calendrier millimétré

Margot Chevrier a choisi d’aménager son externat sur deux années plutôt qu’une, afin que sa véritable sixième année (et donc les ECOS) tombe en mai 2028, après les Jeux olympiques. L’année 2026-2027 est ainsi consacrée à la reprise des trois années précédentes, en parallèle des championnats d’Europe en salle et des championnats du monde en extérieur prévus en septembre 2027.

Sa méthode pour tenir les deux fronts simultanément : entre les Mondiaux et le début de sa préparation aux ECOS, alterner des périodes de révision « plaisir » des matières déjà maîtrisées ou agréables plutôt que les sujets les plus denses et des entraînements intensifs, avant de basculer vers un mois de révision complète juste avant les épreuves.

Un calage pensé et réajusté depuis plusieurs années

Ce calendrier olympique, pensé pour ne pas avoir d’obligation universitaire l’été des JO 2028 (hormis le choix de sa spécialité d’internat), a nécessité une anticipation de plusieurs années et des ajustements en cours de route. Une contrepartie assumée : elle voit ses camarades de promotion déjà internes, voire déjà en thèse, pendant qu’elle reste externe, une situation qu’elle reconnaît parfois difficile à vivre, compensée par le fait que ce délai lui permet de continuer à s’entraîner à haut niveau.

L’internat, une incertitude encore à travailler

Sur les aménagements envisageables pendant l’internat, aucune certitude à ce stade : le choix du poste au classement ne bénéficiera d’aucun traitement de faveur, mais une forme d’étalement du stage pourrait, selon elle, être négociée au cas par cas, une difficulté renforcée par le fait que la maquette change d’équipe, de chefs et parfois de localisation tous les six mois. Un sujet qu’elle compte creuser au fur et à mesure, à l’approche de l’échéance, plutôt que d’anticiper dans l’incertitude.

Ce que le sport de haut niveau apporte aux études, et inversement

Margot Chevrier établit un parallèle direct entre les deux disciplines : la même assiduité est exigée dans les deux cas, la même incapacité à « lâcher » trois mois avant une échéance (compétition ou partiels) sans en payer le prix.

Elle attribue cette discipline autant au sport qu’à un trait de caractère antérieur, déjà présent enfant. En retour, les études lui ont apporté une forme de recul sur le sport (relativiser l’enjeu d’une compétition face à des réalités plus graves rencontrées en médecine) tandis que mener les deux active de front lui permet de soulager l’un par l’autre selon les moments.

Perchiste ou future médecin : une identité qui a basculé avec la blessure

Avant sa blessure, Margot Chevrier ne se présentait quasiment jamais comme étudiante en médecine : son métier, ce qui finance son quotidien, c’est le sport, elle est officiellement athlète militaire.

L’année olympique, en césure administrative, elle mentionnait tout juste être étudiante, sans préciser la filière. Après la blessure, et l’impossibilité de se projeter comme olympique, elle s’est progressivement redéfinie comme étudiante en médecine et future médecin avant tout, l’entraînement redevenant une activité en parallèle, un équilibre d’identité qui a de nouveau évolué depuis son retour au niveau international.

La blessure, 5 mois avant les Jeux de Paris 2024

Au moment de la blessure, elle se trouvait en césure administrative, sans stage ni partiels à gérer, une circonstance qui lui a permis de se consacrer entièrement à la rééducation. Sa première réaction a été celle de l’athlète, confrontée à l’échéance des Jeux cinq mois plus tard, bien avant toute préoccupation académique.

Des connaissances médicales qui informent sans rassurer

Son passage en stage d’orthopédie lui donne accès à des questions plus précises qu’un patient classique (nécrose, algodystrophie). Les complications possibles d’une blessure de ce type lui étaient déjà familières. Mais face à la violence du moment, elle décrit un retour à un réflexe bien plus instinctif : avoir simplement besoin de ses parents à ses côtés, plutôt que d’un raisonnement clinique.

Tenter malgré tout, sans regret

Elle affiche alors publiquement l’objectif de revenir pour les Jeux, qu’elle reconnaît aujourd’hui avoir abordé avec une forme de déni. Sa justification, nourrie par sa formation médicale : la médecine lui enseigne chaque jour que l’exception existe, et que si elle pouvait être ce cas rare, il lui appartenait de tenter sa chance. Verdict rendu peu avant les Jeux : l’objectif ne sera pas atteint, un constat qu’elle dit avoir encaissé sans jamais regretter d’avoir essayé.

Retrouver la prise de risque, un pas après l’autre

Le retour à la compétition s’est fait de façon progressive : le retrait des béquilles, puis de la botte, les premières foulées, avant un premier saut survenu près d’un an après l’accident (très loin du calendrier initial des cinq mois). Un important travail de préparation mentale, engagé dès l’accident pour éviter toute dimension traumatique, lui a permis d’aborder ce premier saut sans appréhension particulière de la chute.

Où en est-elle aujourd’hui, athlétiquement et mentalement ?

Sur le plan sportif, Margot Chevrier ne se considère pas encore revenue à son niveau d’avant blessure : vitesse de course et qualité d’impulsion en particulier. Même si elle a progressé sur la technique du saut elle-même ; il lui a fallu près de deux ans pour retrouver un niveau suffisant pour réintégrer l’équipe de France et disputer les championnats d’Europe. Sur le plan mental, elle retient surtout un gain de résilience : la certitude, acquise à travers cette épreuve, de pouvoir remonter après une période difficile, une leçon qu’elle juge transposable autant aux quinze prochaines années de sport qu’à l’ensemble de sa vie.

JO 2028, puis après : une projection année par année

Avant sa blessure, elle se projetait par cycles de quatre ans, au rythme des Olympiades. Elle fonctionne désormais année par année, consciente de la fragilité des situations. Les Jeux de 2028 coïncident avec la fin de son externat et le tout début de son internat ; si l’objectif est atteint, elle envisage de lever le pied sur le sport de haut niveau pour se consacrer à l’internat.

Si les résultats sont très favorables, elle n’exclut pas de viser une Olympiade supplémentaire en 2032, un scénario qui impliquerait alors de négocier un internat nettement plus aménagé, les sollicitations (stages à l’étranger, compétitions régulières) restant alors bien plus importantes.

Médecine du sport : une spécialité qu’elle refuse pour l’instant de s’assigner

Systématiquement interrogée sur son intérêt pour la médecine du sport, elle s’en défend, ne voulant pas se voir enfermée dans cette spécialité du seul fait d’être sportive.

Un stage d’orthopédie, apprécié au moment où elle l’a suivi pour sa proximité avec les sportifs opérés, est aujourd’hui vécu différemment depuis qu’elle a elle-même expérimenté le statut de patiente, elle n’est plus certaine d’être prête à y retourner en stage, voire à s’y spécialiser.

Elle prévoit en revanche d’explorer la question via un stage en MPR (médecine physique et de réadaptation), plus accessible en externat que le cabinet libéral, pour trancher sa position. Sa crainte principale : s’ennuyer à long terme en restant confinée au même univers sportif pendant quinze à vingt ans de carrière.

Son conseil aux jeunes qui hésitent entre sport et études

Les aménagements permettant d’étaler les études sur plusieurs années existent aujourd’hui bien plus qu’avant, rappelle-t-elle, et elle s’agace d’entendre des jeunes abandonner le sport au moment du bac ou de l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Son expérience personnelle : l’entraînement, loin d’être une contrainte ou une source de culpabilité, agit comme un espace mentalement structurant qui la rend ensuite plus productive dans son travail. Son message : ne pas se laisser dissuader par l’idée qu’une double voie serait impossible : cela demande de l’organisation et de l’investissement, mais elle le juge réalisable, sans qu’il soit nécessaire de choisir entre une passion sportive et une passion médicale.

Découvrez aussi :

Pourquoi la déprescription est-elle devenue une priorité ? | VIDAL

Face à la surpréscription et au vieillissement de la population, la déprescription s’impose comme une stratégie médicale essentielle. Entretien avec le Pr Jean-Pascal Fournier, médecin généraliste au département de médecine générale de la Faculté de médecine de Nantes Université.

Sport et insuffisance rénale

Découvrez un échange inspirant autour de l’insuffisance rénale et de l’activité physique, avec le témoignage poignant d’un patient et l’expertise d’un néphrologue engagé. Un épisode qui met en lumière le pouvoir transformateur du sport sur la santé et le quotidien.

Rechercher